Ç'aurait pu être une histoire de sous, c'est une histoire d'hommes. L'un avait une idée, le second les moyens de la concrétiser. Qui l'a fait par amitié. Il dit que « c'est un cadeau » à « son petit frère », si immense que celui-ci avoue qu'il n'en rêva jamais.
Lahcene Benhamida, petit- fils d'un chef de communauté harkie de Pérols et ex-international, a son nom sur des balles de base-ball, des gants, des battes, désormais les maillots de l'équipe de France, devenu en moins d'un an la première marque française du genre.
Il y a loin, bien sûr, du base- ball tricolore au rang de la discipline au Japon et aux États- Unis, dont la league décerne à son champion rien moins que le titre mondial. Et c'est justement la conséquence « de cet état des choses » que dressent un jour de mai 2007, dans une discussion à bâtons rompus, l'entraîneur-joueur et Dang Ho. Dans toute l'Europe, les clubs souffrent de difficultés d'approvisionnement en matériel, essentiellement proposé par des firmes nord-américaines. Les délais sont interminables, leurs prix élevés.
Deux exemples ? « Il faut quatre à huit mois à un club pour obtenir un jeu d'uniformes. Une commande de balles demande des semaines. » Il faut en porter des neuves à chaque match. Dang est « un peu matheux » et les comptes sont vite faits : il y a 150 clubs en France, 400 équipes, 8 000 licenciés, qui représentent une consommation estimée à 50 000 balles par an. « Si l'on voulait faire quelque chose, pensions-nous, raconte Lahcene, ce serait fournir ce produit en priorité. Et pour nous faire connaître, le personnaliser en imprimant le logo des clubs ou la date et les équipes du match, pour un prix inférieur au marché. »
Il ne s'est pas écoulé trente jours, quand ils rencontrent le président de la fédération. Lahcene n'y est pas un inconnu, il a entraîné les équipes nationales cadets et juniors. L'homme les écoute et après un moment les interrompt. Il a besoin de 2 000 balles, leur dit-il, « pouvez-vous les fournir ? »
Dang raconte la suite, billet d'avion pour la Chine, où toutes les balles de grandes marques sont fabriquées. Il part en quête des usines : « J'ai trouvé celle qui nous intéressait ; elle travaille pour deux de ces marques américaines. Nous lui avons donné notre cahier des charges », qualité de la laine, types de noyau et de cuir, hauteur des coutures, taillé à l'aune de l'expérience de Lahcene Benhamida.
En trois semaines, le lot de balles est livré. Dans la foulée « la France jouait la Chine à Pékin. Ils nous ont demandé des balles marquées à l'événement », puis pour un match face au Canada et en septembre le championnat d'Europe des nations. A chaque fois, le duo remplit le contrat jusqu'à la signature du partenariat qui fait aujourd'hui des deux Montpelliérains les fournisseurs officiels des Bleus sous leur marque, Lace base-ball.
Jolie carte de visite pour démarrer... mais ils n'en restent pas là. « Fabriquez-vous des gants ? », les interroge-t-on et Dang et Lahcene embarquent à nouveau pour l'Orient, dénichent le bon fabricant, définissent les produits. « En mars, on s'est occupé des battes...», des contacts sont pris en Tunisie pour le textile, à Taiwan.
Sans un euro de dette, Lace base-ball a ouvert un bureau à Shanghai pour le suivi qualité et s'implante à l'international. A partir de juillet, les compétitions organisées par la fédération européenne se joueront avec leurs balles.