Les entreprises profitent des heures sup' défiscalisées
Un plus qui ne se refuse pas. Voilà comment l'exonération des heures sup' est perçue chez CCBat. Installée au Crès, dans la périphérie de Montpellier, l'entreprise spécialisée dans la charpente en bois et la couverture de toit n'avait, c'est vrai, pas attendu la défiscalisation des heures sup' pour y recourir abondamment.
Si elle tire déjà profit de la bonne santé du marché de la construction, la société engrange, en prime, les fruits d'une diversification qui trouve écho chez les particuliers : la surélévation de toiture, avec des murs en ossature bois.Un produit dans l'air du temps, dopé par l'effet conjugué de la flambée du prix du foncier et d'un réel engouement pour l'habitat en bois, un matériau écologique en vogue. « Ce marché-là est en croissance », confirme d'ailleurs Claude Cazalot qui a repris CCBat en 2003.
Résultat : l'entreprise qu'il dirige ne cesse d'augmenter son effectif. Elle emploie aujourd'hui 29 salariés, après avoir embauché six personnes cette année. Et, malgré tout, elle continue de piocher dans le volant d'heures sup' auxquelles elle a droit. « Ces heures nous permettent de surmonter les impondérables, comme la pluie, et donc de rattraper les jours perdus afin de pouvoir respecter nos délais de livraison », explique Claude Cazalot.
De fait, elles sont stratégiques dans la bonne marche de sa société. Une secrétaire comptable suit, du coup, au quotidien l'utilisation du volant qui revient à chaque salarié de l'entreprise. Un ouvrier a le droit de faire un maximum de 180 heures sup'dans l'année. Aux yeux de Claude Cazalot, ce volume reste, compte tenu de la conjoncture, insuffisant. Avant l'entrée en vigueur de la défiscalisation en octobre dernier, sa société était déjà sur un rythme de travail de 38 heures par semaine, dont trois payées en heures sup'. Sur l'année, cela fait donc pour chacun de ses salariés 123 heures sup' sur l'année. Ne leur reste donc que 47 heures à prendre pour atteindre le volant des 180 heures. CCBat y arrive à chaque fois.
« Mes ouvriers sont demandeurs », observe leur patron. Et d'en donner la raison, évidente : « Habituellement dans notre métier, nous commençons à travailler à 7 h le matin. Pour un ouvrier, la journée se finit donc en début d'après-midi. Alors, quand il travaille sur un chantier loin de chez lui, il est intéressé par les heures sup'. » C'est d'autant plus vrai que la défiscalisation rend le système plus avantageux. Chez CCBat, à même nombre d'heures sup' effectuées, les ouvriers gagnent en moyenne 50 € de plus par mois.
En conséquence, le patron doit veiller à ce qu'ils n'épuisent pas leur volant annuel trop rapidement. Ce qui ne le rend pas toujours très populaire. « Je suis obligé de veiller à ce qu'ils ne fassent pas trop d'heures sup'. Un, parce que dans notre métier, où l'on travaille souvent en hauteur, la fatigue est l'ennemi de la sécurité ; deux, du point de vue du dirigeant, il est nécessaire de garder des heures sup' dans la perspective de moments critiques où il faudra y recourir pour respecter les délais de livraison », détaille Claude Cazalot. Et puis, connaissant les critiques faites par les détracteurs du dispositif de défiscalisation, il assure : « Les heures sup' ne doivent en aucun cas être un substitut aux embauches. »